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vendredi 24 octobre 2014

PEUT-ON DESIRER L’IMPOSSIBLE ? Un plan.


I – Introduction problématique.


Si les êtres humains n’avaient pas désiré s’envoler dans les airs malgré tout ce qui indiquait le caractère irréaliste d’un tel désir, jamais au fil du temps, l’humanité n’aurait réussi à vaincre la gravité à l’aide de machines volantes. Le caractère apparemment irréaliste de certains désirs n’implique pas qu’il s’agisse au sens strict de désir impossible à satisfaire. Il est impossible à vrai dire de désirer l’impensable. 
La question peut-on désirer l’impossible impose de se demander dans quelle mesure il est pensable de désirer l’impossible et dans quelle mesure il est légitime de désirer ce qui semble impossible ?
Le désir humain a pu être conçu comme habité par un manque fondamental, une béance infinie que la culture essaierait de colmater et de civiliser tant que possible. Dans ce cas, le désir à l’état brut serait par définition impossible, puisqu’on ne ferait que désirer souterrainement l’impossible : une plénitude infinie qui comblerait notre manque infini. Mais ce désir infini est profondément ambivalent car il est indistinctement puissance de création et de destruction. La raison le sait contradictoire, la morale nous interdit de le légitimer. Pourrait-on envisager comme les bouddhistes de se libérer de cette béance du désir dont l’ambivalence et donc la dualité nous condamnent à la souffrance ? 
Toutefois on peut aussi concevoir le désir comme un jeu de forces entre un objet et un sujet. L’objet du désir, une idée, une imagination suscitée par un ensemble de sensations et de pulsions s’imposerait au sujet. Ce n’est pas parce que je désire un objet qu’il me paraît désirable mais c’est parce qu’il susciterait en moi le fait d’être désirable que je le désirerais. Cette approche s’oppose, semble-t-il, à la précédente car elle affirme que le désir du sujet est le résultat d’un processus déterministe lié à la présence de l’objet dans la conscience du sujet. L’idée de renoncer au désir telle que le bouddhisme y invite serait impossible car au fond ce ne serait encore qu’un désir de renoncer au désir. En l’occurrence, le désir de renoncer au désir serait l’un des plus illusoires car il serait impossible de nier le processus déterministe du réel qui produira indéfiniment du désir. Dans une telle perspective, renoncer au désir serait par excellence le désir illusoire, le désir pratiquement impossible mais dès lors une sagesse s’esquisserait : le désir ne peut-il pas devenir moins illusoire, moins irrationnel ? Nos frustrations, nos peurs ne sont-ils pas la marque du refus de la réalité ou de sa déformation ? Notre désir n’est-il pas en effet impossible à satisfaire car bien souvent contraire au principe du réel qui reste, dans cette perspective, la véritable cause du sujet et de l’objet ? Notre souffrance et notre misère existentielle ne viendraient-elles pas précisément du fait que notre désir en vient à désirer ce qui est impossible ou presque faute d’être animé d’un authentique désir du réel ?



II – Renoncer au désir, est-ce désirer l’impossible ?

1 - Le désir est impossible à satisfaire : on fait que désirer l'impossible, c'est l'illusion du possible qui prédomine selon Schopenhauer.

2 - Les voies pour se libérer du désir selon Schopenhauer.

3 - Être libre du désir n'est pas être sans désir, ce qui est impossible pour un vivant.


III – Le refus matérialiste et rationaliste de désirer l’impossible est-il un désir rationnel ?


1 – Renoncer à désirer l’impossible revient à devenir heureux et libre du désir.

a) Renoncer aux désirs vains avec Epicure.

b) passer du plaisir en mouvement au plaisir en repos (l’ataraxie).

c) Se contenter de peu ou le bien-être du fait d’être conscient.

2 – La raison permet de désirer ce qui est possible en le rendant probable.

a) Transition critique : la science et la technique assurent une meilleure satisfaction de nos désirs naturels.

b) La méthode rationnelle permet de devenir comme maître et possesseur de la nature.

c) Transition : la raison et les raisons.


IV – Il y a un besoin d’Être qui est une forme de désir d’impossible.


1- Désir, plaisir et joie créatrice.

2- Désir et besoin d’Etre.

3- L’évolution consciente de la conscience est un désir d’impossible.

V – Conclusion.

Eléments de corrigé du sujet "L’amour et le respect s’excluent-ils ?"

Liens internet utiles :



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Une problématisation du sujet :


Kant répond que la demande de respect est plus forte. L’amour comme inclination ou préférence reste trop relatif. Toutefois Kant n’envisage pas un amour inconditionnel et non préférentiel. Ne serait-il pas souhaitable d’être aimé ainsi plutôt que d’être simplement respecté ? Être respecté implique souvent une mise à distance et avant que le respect soit moral et soit une reconnaissance de notre égalité du point de vue de la liberté morale n’est-il pas une reconnaissance de la force de la position sociale, humaine, etc. de l’autre ? Celui qui me respecte me laisse et me veut libre mais il ne me libère pas forcément de ce qui entrave ma liberté au plus intime, il ne considère pas l’épanouissement de ma liberté dans le bonheur, etc. Le respect n’induit pas forcément la fraternité.
Toutefois Kant a raison de souligner que l’amour est souvent de l’ordre de l’inclination. Même celui qui veut aimer n’aime pas. En fait il aime aimer et être aimé en retour. L’amour par ailleurs n’est pas raisonnable c’est une passion qui se retourne en ses contraires : haine, ressentiment, mépris, etc. Le respect est un sentiment qui est un effet d’une attitude rationnelle tandis que l’amour demeure un sentiment. Vaut-il mieux un sentiment moral issu de la raison ou faut-il admettre que le sentiment moral seul éclaire pleinement l’intelligence morale ?
A partir de là, nous nous demanderons dans quelle mesure le respect moral est plus fiable que l’amour. Puis nous nous demanderons si au fond l’amour authentique ne consiste pas dans le développement d’une intelligence du cœur. Enfin nous envisagerons une dialectique entre la déontologie du respect et la téléologie de la bonté, forme la plus approfondie de l’amour.

DESIRER, EST-CE NECESSAIREMENT SOUFFRIR ?




Introduction

[Accroche] Le désir nous confronte à de la souffrance. Nous avons tous connu par exemple de la frustration.
[Citation du sujet] Mais désirer, est-ce nécessairement souffrir ?
[Analyse problématique] Si désirer implique par essence un manque alors la souffrance est inhérente au désir. Cependant on peut désirer se libérer du désir et peut-être devenir libre de tout désir. Ainsi le désir ne nous conduirait pas nécessairement à souffrir dès lors qu’on y renoncerait. Une autre solution consisterait si cela est possible à satisfaire le manque. La satisfaction du manque pourrait conduire à un plaisir.
On peut développer une autre approche en soulignant que le désir est d’abord une énergie qui pousse à l’action. Dès lors il nous faut comprendre comment une force positive peut donner en nous l’impression d’un manque. Faut-il affirmer l’ambiguïté du désir à la fois plénitude de vie et insatisfaction ? Faut-il démasquer les perversions et les pathologies qui amènent à l’impression illusoire d’une souffrance impliquée nécessairement par le désir ?
[Annonce du plan] Dans un premier temps nous verrons la nécessité d’apprendre à nous détacher de nos désirs pour ne plus être atteints par la souffrance due au manque. Dans un deuxième temps nous verrons la positivité du désir qui doit se libérer de toutes les formes d’égocentrisme de la conscience pour vraiment s’éprouver comme plaisir, contentement et pur amour. Enfin nous essaierons de nous demander s’il vaut mieux désirer être un Socrate insatisfait qu’un porc satisfait.


Première partie - Si désirer revient à nécessairement souffrir, il faut s’en libérer.



A- La souffrance inhérente au désir est due à la poussée aveugle et conflictuelle de la vie. Le désir est tension, séparation et donc souffrance.


B - On peut se détacher du désir. La souffrance n’est donc pas indépassable.
  • L’expérience de la beauté le suggère [Schopenhauer] ;
  • On peut avoir une démarche ascétique [Schopenhauer] ;
  • Si on fusionne avec la source de l’être, on se tient dans une paix immuable. Le désir de beauté conduit donc à la fin du désir. Le désir de beauté est un désir de ne plus désirer qui peut être satisfait. [Une relecture schopenhauerienne de l’ascension érotique platonicienne]


C - Transition critique : Le plaisir n’est pas une simple diminution de la souffrance, un simple soulagement. Il peut mener au contentement d’être en vie.
  • Le plaisir en mouvement peut être insatisfaisant mais il peut y avoir un plaisir en repos qui le suit et qui signifie son entière satisfaction et non son simple soulagement temporaire ;
  • La forme vient de la vacuité et la vacuité embrasse la forme selon le bouddhisme zen. Être libre du désir ne signifie donc pas être sans désir contrairement à ce que pense Schopenhauer. Le détachement s’oppose au renoncement. Et en fin de compte Schopenhauer est plus proche du jaïnisme que du bouddhisme mahayana ou vajrayana. Par sa faute le bouddhisme a été assimilé à un nihilisme. Mais ne rien vouloir c’est encore vouloir rien comme Nietzsche le souligne.


Deuxième partie - Le désir est une force vitale avec laquelle nous pouvons apprendre à être en harmonie au lieu d’en souffrir.



A - L’art de trouver le plaisir d’exister, d’être content d’être en vie.
  • Ce sont les désirs vains qui conduisent à l’impression de manque selon les épicuriens.
  • La peur est inhérente au désir tant que celui-ci demeure celui d’une conscience égo-centrique. Par définition le désir de l’ego égo-centrique n’est pas en harmonie avec le devenir de l’univers et donc avec la vie. Par ses représentations mentales, cet ego veut s’approprier un monde en ignorant le tout de l’univers ; il veut se faire reconnaître en ignorant le point de vue des autres ou de certains autres et enfin il exige que le désir sexuel et sentimental de l’autre désire ce qu’il désire. Cette manière de désirer mène forcément à la peur et donc à la souffrance.

B - Le désir ne nous fait pas souffrir viscéralement si nous cherchons en nous la liberté stoïcienne et l’amour charité.
  • Cependant certaines souffrances ne doivent pas être évitées car elles sont souvent un chemin de maturation et de fortitude puisque ce qui ne tue pas rend plus fort ;
  • Notre volonté et nos désirs peuvent s’aligner avec la volonté universelle (ou la volonté divine) ; le contentement est indépendant des circonstances car la volonté est toujours en harmonie avec elles d’un point de vue de l’intelligence du tout qu’elle incarne ;


C - Transition critique :
  • Certes le désir infantile et égocentrique d’être aimé est forcément frustré et malheureux ; l’amour de l’amour permet la réciprocité mais demeure idolâtrique au risque de souffrances aigues ;
  • Il peut y avoir un orgueil dans la quête de liberté intérieure qui forcément vacillera ; il peut y avoir du mépris pour le détail quand on se tient à un point de vue d’en haut où tout est harmonie ce qui dénote un manque de charité dans le désir de se ressentir la conscience individualisée de l’univers ;
  • Seul l’amour pur transcende tout orgueil dans le désir et assume l’aspiration à vaincre l’imperfection ; il est don qui ne peut jamais être déçu car provenant de la source de la vie ; le don n’est pas la pitié (Mitleid) devant la douleur de la vie, c’est la volonté de participer à la création en œuvrant à sa perfection ; la souffrance et la douleur sont des marques d’imperfection à surmonter.
  • L’amour authentique ne peut se contenter d’être contemplation de la source de l’existence et donc de l’amour, il doit se matérialiser dans une œuvre créatrice ; le monde gémit encore dans les douleurs de l’enfantement, dit Paul de Tarse et donc la création reste inachevée et nous pouvons en être les auxiliaires.
Remarque : on peut séculariser cette approche spirituelle religieuse en une spiritualité philosophique laïque.


Troisième partie - Le désir créateur comme élargissement de la conscience est joie.


A- La joie créatrice a plus de portée que le simple plaisir.
  • Le plaisir indique que la vie est préservée mais si on en reste là il n’y a pas d’évolution de la conscience ; c’est souvent la souffrance qui nous force à nous dépasser et à créer mais on peut par la pensée prévenir et devancer des problèmes virtuellement avant même de les souffrir ; cette activité entraîne une recherche créatrice ;
  • Le vivant pour éviter de périr a eu intérêt à ressentir la douleur ; la peur permet d’anticiper la douleur éventuelle ; la prudence anticipe et prévient la peur et enfin l’évolution créatrice consciente pourrait nous libérer de toute forme de souffrance voir même de la mort et de l’ennui puisque celle-ci renouvellerait la vie sans cesse ;
  • La quête créatrice dépend plus de nous que la recherche du plaisir ; Le désir de créer est à lui-même son propre contentement alors que le désir du plaisir suscite le manque sauf si le plaisir d’exister est réalisé et l’égocentrisme est surmonté.
  • Le succès du désir de créer aboutit à l’intuition créatrice qui renouvelle notre conscience dans sa vision du réel ; c’est une évolution consciente de la conscience car comme le suggère Albert Einstein un problème soulevé à un certain niveau de conscience est résolu à un niveau de conscience plus élevé.
  • Le plaisir de consommer à terme menace la joie de créer qui l’a autorisé. Créer revient à introduire de nouvelles ressources contrairement à la consommation exagérée qui les épuise.
  • Seule la sobriété de la consommation laisse de l’espace à la quête créatrice.
B - La recherche créatrice rend parfois insupportable la misère du quotidien si elle n’est pas soutenue par une recherche de paix intérieure.

  • Le poème L’albatros de Baudelaire montre le déséquilibre du génie ; l’artiste maudit est une réalité questionnante ;

  • Avec une intuition créatrice l’ego de la conscience encore égocentrique se retrouve fêlé mais non dépassé, d’où un risque d’une saison en enfers (cf. Arthur Rimbaud);

  • La paix intérieure, le détachement au-delà de la conscience égocentrique est donc nécessaire pour aborder l’entreprise créatrice.

C - Cette expérience intérieure de l’intensification de la joie créatrice dans l’approfondissement de la paix intérieure prouve que le désir n’est pas essentiellement souffrance mais joie.


Conclusion


[Synthèse de la progression] Face à la souffrance due au désir nous avons d’abord besoin de voir qu’il est possible d’en sortir. Le détachement du désir qu’offre la vacuité de la conscience est donc bénéfique mais pourquoi affirmer que la vie est souffrance et que le désir est nécessairement insatisfait par nature ? Celui qui saura surmonter son égocentrisme dans sa manière de vivre le désir pourra découvrir le contentement d’exister. La vie surgit de la vacuité avant même que notre ego surgisse en périphérie, le plaisir d’exister est donc sans aucun objet sans aucune représentation d’un ego. La vacuité embrasse la vie et la vie surgit de la vacuité. Être en harmonie avec la vie est possible malgré la douleur et les souffrances mais souvent il faut aussi accepter d’en passer par la souffrance pour s’en approcher. L’amour charité est une forme purifiée de désir. Le désir avant de devenir la quête d’un ego égocentrique consommateur est et demeure l’élan créateur d’où surgit toute chose. Participer de plus en plus consciemment à cette évolution créatrice revient à ressentir de plus en plus intensément l’évolution consciente de la conscience. Un plaisir extatique est lié à l’élargissement de la vie : c’est la joie créatrice. Décidemment l’univers n’est pas une poussée aveugle et absurde. C’est la souffrance qui est la défiguration de la joie de l’évolution créatrice. D’ailleurs on notera que ceux qui jugent que désirer et vivre sont souffrances n’œuvrent pas à la solution, ils font partie du problème évolutif en cours.
[Ouverture] L’enjeu est au final le rapport entre la matière et l’esprit. Le détachement, la paix, etc. vont vers le seul esprit et laissent au loin la matière. La plaisir est préservation de la vie matérielle. L’évolution créatrice permet, elle, d’envisager une spiritualisation de la matière et une matérialisation de l’esprit. A quoi ressemblerait le croisement de ce double mouvement ? Ne serait-ce pas une nouvelle manière d’être vivant, autrement dit une nouvelle espèce ?