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lundi 29 juillet 2024

JUSTICE. Version abrégée pour retenir l'essentiel.

JUSTICE 1 - UNE SOCIETE JUSTE PEUT-ELLE ETRE INEGALITAIRE ?


I. Introduction problématique. 


Confondre l’égalité et l’uniformité revient à dicter à chaque individu une conduite, cela mène à une vision totale de la vie de chaque individu au service d’une masse, cela peut générer le totalitarisme. Toutefois nier l’égalité au nom de la différence ne risque-t-il pas de conduire à une autre logique de domination ? Une autre forme de totalitarisme cette fois fondé sur l’apologie de la force dominante. La logique communiste totalitaire confine à l’égalité comme uniformité, la logique fasciste à la différence comme inégalité de force entre les faibles et les forts qu’il faut défendre socialement des faibles. Pour répondre à la question « une société juste peut-elle s’accommoder d’inégalités ? », nous avons donc un équilibre à trouver entre quatre termes qui sont égalité et inégalité, différence et ressemblance. S’en tenir là ne permettrait pas de penser la situation d’aujourd’hui. Avec l’idée de liberté, nous pouvons rester vigilant face aux dérives totalitaires. Mais il faut nous demander dans quel rapport la liberté risque de légitimer une inégalité qui au fond à terme la nie : quel sens a le mot liberté pour quelqu’un qui vit en dessous du seuil de pauvreté ? Comme on avait précédemment vu que trop d’égalité finit par nuire à la liberté, il semble que trop de liberté justifie des inégalités de fait nuit à l’égalité de droit et au fond à la liberté. Une société juste est, on le voit, une société qui cherche à rester cohérente. Le mot « juste » évoque d’abord pour nous des relations sociales bien ajustées afin de ne pas se transformer en conflits d’intérêts généralisés. Le premier sens du mot juste nous envoie donc plutôt du côté des droits formels. L’égalité de droit peut-elle se penser avec un droit à la différence ? Puis prenant en compte le fait, il faut se demander si l’égalité de droit peut se passer d’une certaine égalité de fait ? Imposer une égalité de fait n’est-ce pas nier un droit à la liberté ?


II. Le pouvoir de la multitude. 


Une première façon de légitimer l’inégalité de droit est de souligner l’inégale dignité des hommes. Il est du point de vue éthique impossible de nier une égale dignité formelle de tous les hommes mais la vie sociale et politique souligne l’écart net entre un potentiel de dignité, la possibilité de gagner en dignité par une quête éthique de plus en plus exigeante et les faits. L’indignité n’a jamais été autant en vue, c’est même elle qui règne au risque de menacer l’avenir même de l’humanité. Ainsi des logiques de domination économique justifient des choix contraires à nos connaissances de plus en plus fiables en ce qui concerne l’écologie ou la climatologie et donc ainsi et surtout le choix des hydrocarbures alors qu’il existe des énergies propres et sans conséquences majeures pour le climat. Voir même ces logiques conduisent à mener des guerres pour s’assurer de la fiabilité des fournisseurs… Platon déjà avait posé le problème. Que vaut la démocratie lorsqu’elle décide que Socrate doit se mettre à mort en tant qu’athée et corrupteur de la jeunesse ? Ne faudrait-il pas que le pouvoir soit entre les mains de ceux qui savent ? Ainsi sans mettre en cause l’égale dignité potentielle de tout être humain nous aurions avec le sage la garanti même de l’accès de chacun à un pouvoir dont enfin il serait effectivement digne. Toutefois cette approche ne nous semble pas raisonnable. Car qui est sage ? Et s’il y a un sage croirait-il qu’il est opportun d’occuper le pouvoir politique ? Si nous non sages désignons le ou les sages nous gouvernant, comment serons-nous sûr de notre choix ? Même dans le cas de son application limitée au sein d’une vision où l’expertise technocratique se substitue à la sagesse nous savons que des éléments de choix continuent d’exister. L’erreur technocratique n’est guère évitable sans un regard critique qui en démasque les choix implicites. Plus globalement les affaires humaines ne sauraient être technicisées dans leur totalité : il faut le sens du mouvement opportun en politique, il ne faut pas exclure une fibre créatrice. Nous revenons à Spinoza qui préfère proposer des institutions où s’incarne au mieux la puissance de la multitude qui sera sans doute éminemment rationnelle dans la mesure où s’harmoniseront au fil du temps les diverses passions humaines, les disposant même parfois à rechercher une forme de sagesse qui libère de l’esclavage émotionnel et passionnel. Mieux vaut disperser le pouvoir entre tous les êtres passionnés ou exceptionnellement sages car alors leurs institutions et le gouvernement chargés de les mettre en œuvre soumis directement au pouvoir de la multitude incarneront une égalité de droit fidèle à l’égale dignité potentielle de chacun. Le droit naturel du plus fort vis-à-vis du plus faible s’éclipsera seulement devant le droit naturel issu du pouvoir de la multitude. L’agrégation des faibles condamne les forts à plus ou moins brève échéance à intégrer le droit naturel issu de la multitude qui implique la reconnaissance de l’égale dignité potentielle de tout être humain. Enfin, le sage sera de plus en plus protégé par le droit rationnel issu de la multitude et il rencontrera de moins en moins d’obstacle pour répandre ses idées politiques sur la place publique.


III. Une sagesse authentique s’oppose à toute politique sacrificielle. 


Ainsi le discours de la différence peut être entendu dans la mesure où une majorité risque de dominer telle ou telle minorité, où telle culture est menacée par telle autre, etc. Mais il s’agit de ne pas penser la différence et son respect en termes de lutte, de confrontations, de résistance. Il faut faire dialoguer les différences. Elles ne sont fructueuses resituées au sein d’une interaction de la multitude que le dialogue démocratique essaie de rendre conscient d’elle-même. Nos démocraties représentatives souffrent de ne pas avoir perçu à travers ses acteurs l’importance essentielle de la prise de conscience de la multitude par elle-même. Les acteurs politiques sont encore prisonniers d’une vision où au final la démocratie fonctionne comme une oligarchie par alternance de parties qui occupent sa tête. De ce point de vue le sens supérieur de la dignité qu’aurait un sage n’est pas isolable de la pluralité humaine car ce sens supérieur est éminemment un sens d’ouverture au dialogue. 


Trois conceptions de dialogue sont pour lui envisageables. 


Une première conception est celle considérée par Platon qui consiste pour le sage à tenir le rôle royal. La politique serait alors un système hiérarchique aspirant vers le haut en fonction du degré d’avancement spirituel qui rappelons-le se caractérise par la maîtrise philosophique du dialogue, c’est-à-dire de la dialectique. Voir dans les conceptions politiques de Platon une forme de totalitarisme revient à oublier la différence essentielle entre un pouvoir idéologique et un pouvoir s’exerçant à partir d’un savoir-faire dialectique. Platon juge la démocratie peu apte aux exigences du dialogue socratique puisqu’elle s’y est refusée et propose une alternative qui respecterait la dialectique, la forme de dialogue la plus authentique. 


Une seconde conception est celle du passeur. Cette conception ne prétend pas posséder toute la sagesse, elle ne prétend pas posséder le seul accès aux terres de la sagesse. Elle sait juste connaître un passage. Le modèle royal manque d’humilité, comme si un disciple ne pouvait pas dépasser le maître. Le modèle de Platon est un modèle social où finalement un système hiérarchique figé domine. Socrate n’est pas un roi, Platon a certainement manqué le sens ultime de la maïeutique : un accoucheur est un passeur plus qu’un un roi. Socrate ne dirige pas le dialogue, il le guide vers son authenticité. Il y a l’acceptation dialoguée du pluralisme politique par un passeur. La sagesse à la suite de Spinoza dans son traité politique est de reconnaître que l’ordre social reste l’expression plus ou moins consciente de l’action de la multitude. Vous pouvez instituer les lois que vous voulez dans le sens de la vertu et de la solidarité mais si la multitude n’en a pas la mentalité, ces lois resteront lettre morte, les logiques de domination l’emporteront. Pour que les lois soient crédibles elles doivent s’accorder avec la lente marche de la multitude. Mais cette multitude va t-elle quelque part ? Le passeur ne fera passer que ceux qui s’intéressent à ces terres de sagesse. Le mouvement du passeur n’est guère un mouvement politique puisqu’il est tourné vers une autre rive qui souvent n’a pas l’air d’être de notre monde. Pour que la sagesse du passeur aie une conséquence, il faut qu’elle ne tire plus seulement en avant ceux qui sont les plus avancés. 


Reste alors une troisième figure du dialogue et de la sagesse qui sans prétendre à une quelconque royauté de ce monde entend y jouer le rôle d’« un attracteur étrange » dans la mesure où il influence sans être toujours immédiatement perceptible. Le prophète, le réformateur social n’œuvrent que comme catalyseur de l’impulsion créatrice qui meut la multitude : l’avancée du troupeau est donnée non selon la position de sa tête mais de ceux qu’il néglige derrière. Les thèses de René Girard dans Le Bouc émissaire soulignent qu’on ne peut sacrifier personne pour le progrès du troupeau. Les retours des politiques sacrificielles tournant le dos à ce principe vital de notre civilisation ont produit les plus grands massacres de masse que la terre n’ait jamais connu. Et comme le souligne Jean-Pierre Dupuy à propos du libéralisme économique, la négligence de ce principe risque de produire de terribles injustices : on ne peut prétendre sacrifier quelque vie que ce soit au nom d’un bien-être futur.


IV. La politique est l’évolution de la qualité du dialogue. 


La liberté individuelle peut donc justifier des inégalités de fait concernant le partage politique des biens, que ce soit par exemple, l’éducation, la santé, le travail, le revenu, les loisirs, etc. Nous pouvons pour trouver un juste milieu entre liberté et égalité introduire la notion d’équité : il y a des partages égaux qui ne sont pas équitables. Un tel aura besoin de plus de soins que tel autre, par exemple. La liberté peut justifier des inégalités de fait mais elle ne peut justifier avec Rawls que les conditions matérielles et spirituelles des autres individus s’en trouvent détériorées. Il est normal que celui qui produit des richesses matérielles et spirituelles s’en trouve enrichi mais il n’est pas normal que son enrichissement provoque l’appauvrissement des autres. S’il ne s’agit pas là le plus souvent d’un sacrifice social qui entraîne la mort d’homme, il y a là encore malgré tout une dynamique sacrificielle. Le pouvoir appartient toujours à la multitude mais elle n’en a pas conscience et elle autorise alors des dynamiques sacrificielles. Aujourd’hui renoncer à l’action politique encadrant la vie économique revient forcément à faire le choix d’une politique sacrificielle. L’usage de la liberté est toujours au final dominé par les peurs et les désirs centrifuges qu’ils soient égocentriques, tribaux, ethniques, nationalistes, civilisationnels. Aujourd’hui, cette inégalité des mentalités politiques se croise aux inégalités économiques. Il s’agit donc d’incarner aujourd’hui un internationalisme lié à une évolution en faveur de la conscience de la multitude. Les résurgences communautaristes contemporaines loin de cibler politiquement cet internationalisme réagissent comme si les perturbations économiques internationales étaient d’origine communautaire. Ceux qui lient recherche de sagesse et évolution politique et qui rejettent toute forme d’inégalité injuste car sacrificielle sont ainsi prêts à proposer une ultradémocratisation s’appuyant sur l’exercice généralisé d’une communication éveillée dont l’origine lointaine est le dialogue dialectique. Les idéologies politiques seraient mortes car la politique ne serait plus l’application aveugle d’une idée mais la matérialisation sociale d’une mentalité éclairée par le dialogue authentique. Le citoyen serait celui qui participe au dialogue non celui qui vote pour un substitut de père ou de mère dont il attend tout. Peu à peu il deviendra évident que la politique n’est pas une lutte pour la représentation d’un système d’idées au pouvoir contre d’autres systèmes d’idées. Cette évidence n’aura plus rien de cynique dans la mesure où on n’acceptera plus de se contenter d’élire un homme politique mis en scène autour d’une rhétorique publicitaire comblant ainsi le déficit de la politique idéologique. L’action politique effective sera de plus en plus le fruit d’un dialogue qui connaîtra de moins en moins la situation où règne l’inégalité tyrannique d’une majorité imposant son point de vue à une minorité. Une impulsion collective émergera intuitivement de la communication éveillée. Pour décrire cette impulsion collective on peut considérer la volonté générale de Rousseau. La volonté générale est définie par lui comme l’intégration des volontés particulières où chacune est restituée dans son intégralité exceptée en ce qu’elle est divisée dans son choix de participer à l’action de la multitude. Le pouvoir selon notre approche est celui de la multitude quitte à ce que la multitude ne montre pas une forte conscience d’elle-même. Reste que le penseur et surtout le sage peuvent suggérer et participer par leur rayonnement culturel d’une autorité qui permet à la multitude de prendre conscience d’elle-même. Car l’autorité démocratique pour devenir légitime n’a pas à prendre le pouvoir politique. Elle se contente de suggérer ou mieux de rayonner et de témoigner dans l’action collective de la justesse de son impulsion évolutive. Cette autorité démocratique cherchant à inspirer la démocratie a pour atout son traitement non égocentrique, non ethnique, non clanique, etc. des problèmes sociaux. Elle peut être le vecteur culturel incarnant une autre façon de voir et de vivre. Cette autorité n’est pas seulement une force de résistance ou de dissidence, mais avant tout elle incarne une force créatrice qui ouvre la voie. Les révolutions passées se sont faites contre les représentants des forces du passé jusqu’à produire notre démocratie représentative et son économie de marché. Notre analyse relativise le conflit social et la logique d’opposition qui représentent seulement une nécessité quand manque une reconnaissance sociale et politique condition sine qua non du dialogue démocratique. La prochaine révolution sera sans doute non violente car elle ne renversera pas des dominations injustes mais nos propres verrous égocentriques qui empêche la fluidité créatrice du dialogue démocratique.



V. Conclusion - Résumé. 


Ainsi une société juste ne peut pas s’accommoder d’inégalités qui mettent en jeu une forme de sacrifice, qui empêchent une prise de conscience du pouvoir de la multitude humaine. Le paradoxe d’une telle société est qu’elle est animée par un sens de l’autorité qui implique une inégalité spirituelle implicite qui s’interdit pourtant tout usage de la domination dans la mesure où ce sens de l’autorité est fidèle à sa vocation d’une sagesse du dialogue.



Citations :


Jean-Paul Sartre : « Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. »


Simone Weil : « La vertu de justice consiste, si on est le supérieur dans le rapport inégal des forces, à se conduire exactement comme s’il y avait égalité. » 


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JUSTICE 2 - PEUT-ON JUGER AUTRUI ?


I. INTRODUCTION PROBLEMATIQUE. 

Le mot juger a deux orientations : mieux discerner ou émettre un verdict sur un être, le condamner éventuellement. Rendre justice semble nous imposer de juger moralement. Certes il s’agit d’établir les faits mais il faut bien juger les intentions, la nature de ce qui a conduit à l’acte : la folie, la préméditation, circonstances atténuantes, circonstances aggravantes, etc. Mais du point de vue moral, juger autrui comporte le risque de susciter la haine, la colère, la tristesse, etc., sentiments qui rendent immoraux. Juger autrui masque souvent une absence d’effort moral : « tu vois la paille dans l’œil du voisin, tu ne vois pas la poutre dans le tien », dit L’Evangile. Une éthique centrée sur la vérité condamnera le jugement moral comme vision illusoire du monde. Car tout acte que ce soient les miens, ceux des autres ou de l’univers n’obéit qu’à des lois universelles. Donc le jugement moral en attribuant l’acte à une personne est peu objectif. Rendre justice exige avant tout un acte de jugement objectif. Savoir s’il y a une justesse du jugement voire une justice a donc pour enjeu la question du libre choix et celle de la possibilité d’une action objective.


II. LE DETERMINISME REND INEPTE LE JUGEMENT MORAL. 


Juger moralement est illusoire puisqu’un déterminisme est à l’œuvre dans tous les actes : tout obéit à des lois nécessaires. Bien sûr, des développements récents de la physique laissent la place à un indéterminisme. Mais « Le hasard n’abolira jamais un coup de dés. » : l’indéterminisme ne fait pas de moi un être libre mais un être déterminé par le jeu du hasard. Ainsi même si le déterminisme n’est pas absolu, il suffit à rendre le jugement moral illusoire : lequel de mes actes est libre et dans quelle proportion ? Mais même si le déterminisme semble l’interprétation la plus efficace de ce qui apparaît dans la conscience, on ne peut pas statuer sur sa valeur concernant la réalité des choses. Les choses nous sont toujours connues à l’intérieur de l’esprit humain et jamais telles qu’elles sont en dehors de l’esprit humain : le réel que nous découvre la science ne peut que rester voilé. Malgré les apparences déterministes, Kant invite à parier sur le libre choix moral. Toutefois si le « moi » est vécu comme les choses c’est-à-dire que de l’intérieur de la conscience, comment le penser libre et non déterminé comme les choses ? N’ayant pas accès aux choses hors de l’esprit, n’y a-t-il pas plus de rigueur à bâtir une éthique à partir de ce qu’est la vie vécue du « moi » ? Il s’agit pour nous de mieux connaître les déterminations psychiques et ainsi de mieux agir. En acceptant ce qui arrive, on peut échapper aux limites du jugement moral. L’énergie que nous perdons à refuser ce qui arrive, sera de nouveau disponible. Au lieu de vivre avec l’idée de ce qui doit être du point de vue moral, nous commencerons « à simplement vivre au lieu de penser vivre ». Nous connaîtrons de moins en moins d’opposition entre notre expression individuelle, celles des autres et celle du tout qui se manifeste en nous. Au tribunal, le juge ayant intégré cette sagesse ne jugera pas moralement l’accusé, il se contentera de voir les faits grâce aux informations fournies lors du procès. Il jugera de la nature des déterminations qui menèrent au non respect de la loi et prendra les mesures qui en tiennent compte. Si l’individu est dangereux pour la vie sociale, on l’isolera pour l’empêcher de nuire. Mais on cherchera aussi à l’affranchir des déterminations qui l’ont poussé à ces actes afin de le réhabiliter socialement. Juger justement signifie ici voir et prendre conscience des déterminations afin de s’en libérer ou d’en libérer autrui de gré ou de force quand il menace la sécurité des personnes.


III. L’EFFORT DE JUGER : UNE ILLUSION BENEFIQUE. 


Mais nous avons vu que la morale elle-même affirme que le jugement moral en suscitant en nous des sentiments négatifs devient immoral. Juger moralement ne peut pas nous conduire à condamner radicalement l’autre. L’autre n’est jamais l’acte qu’il commet dans la mesure où la morale évoque un sujet non déterminé par ses choix. Il y ainsi par exemple une différence entre dire fermement à son enfant « tu as fait une bêtise, je vais te punir pour que tu y réfléchisses et ne le fasse plus » et lui dire d’un ton insultant et colérique « tu es bête ! Tu ne réfléchis jamais ! Je ne veux plus te voir ! Va dans ta chambre ou je te mets une baffe ! » : dans un cas le parent est au service de son enfant en lui donnant une bonne éducation, dans l’autre il sert inconsciemment son agressivité et sa morale reste superficielle. La morale nous permet de juger rationnellement des actes mais sans les refuser émotionnellement et sans les identifier à la dignité de la personne. Du point de vue pratique nous arrivons donc à réintégrer les principes éthiques exposés auparavant en évitant certaines difficultés. Dans la sagesse déterministe, en effet, il y a le rôle central de la connaissance. Il y a au fond la possibilité d’un effort ou non pour s’y adonner. Il y a donc bien un choix, insistera le moraliste. Le sage déterministe en réponse se distinguera du fataliste. On connaît l’argument paresseux. Inutile d’agir, ce qui doit avoir lieu aura lieu. En fait ce jugement induit une détermination : inutile d’agir. Le déterminisme inclut l’effort, il y a un effort de connaissance à mener. Mais il ne faudrait pas se faire d’illusion : ce n’est pas « mon » effort, c’est l’effort que le tout exprime à travers l’individu que je suis. Le « moi » entre en conflit avec soi, les autres et le monde car il n’aperçoit pas que tous les actes, les siens compris, sont le fruit des déterminations du tout. Etrange paradoxe : le sage m’invite à faire le choix pratique d’une connaissance de soi qui me montrera que le choix a toujours été illusoire. Il me montre qu’intimement nous sommes libres non en tant qu’une simple partie, mais comme une autodétermination du tout.


IV. JUGER : UNE PRISE DE CONSCIENCE CREATRICE. 


Juger moralement autrui prend ici un sens nouveau : il s’agit de lui donner la chance de se joindre à cet effort de prise de conscience. Nous pouvons lui et nous si notre amitié a cette teneur spirituelle nous aider à mieux voir. Il ne s’agit pas de s’autoriser des reproches ou d’exprimer à l’autre le refus de sa conduite mais de nous entraider à mieux voir ce qui nous détermine. Il ne s’agit ni de pardonner, ni de le condamner mais de se donner la possibilité de voir son illusion. Les décisions du moi relèvent de l’illusion mais le choix du refus de la connaissance de soi le rend davantage illusoire. Le bien et le mal du jugement sont relatifs puisqu’en soi tout est déterminé. Mais quelle acceptation de soi, de l’autre et du monde peut atteindre le meurtrier qui refuse à un autre de vivre ? En fait son meurtre part du refus de la réalité. Le sage connaît la relativité du jugement moral mais il sait qu’il y a là un préalable à la connaissance de soi, celui qui est incapable de respecter les règles sociales élémentaires refuse au fond d’accepter l’une des principales déterminations en présence : la puissance de l’ordre social. Par ailleurs il sait que le désordre social implique le désordre mental des gens, les victimes seront souvent blessées jusque dans leur compréhension de soi, des autres et du monde. La morale est donc un palier relatif mais un palier nécessaire en vue de la sagesse. Par ailleurs, si le sage se vit comme l’expression des déterminations du tout, il peut se découvrir une forme d’autonomie créatrice. L’immoralité apparaît bien plus qu’un refus de ce qui est, elle est un refus d’évoluer positivement, elle est un refus de créer qui amplifie les forces de destructions dans ce qui est. D’un point de vue, le sage veut la détermination du tout mais d’un autre point de vue, il est la conscience même du tout qui se donne des lois à soi-même et qui à travers ces lois qu’il se donne évolue. Lorsque nous nous donnons la loi morale à nous-même, lorsque face à autrui d’une autre culture morale que la nôtre nous trouvons des solutions inédites qui vont dans le sens du partage et de la rencontre, nous participons par cette autonomie à la conscience créatrice du tout. Cette autonomie s’avère créatrice, elle s’exprime par une intuition. Ici l’intuition n’est pas un pressentiment, l’intuition exprime l’évolution de l’union entre une partie singulière et le tout dans la conscience. Ainsi tel dilemme produira une solution inattendue rendant indépendante des conditionnements, c’est-à-dire de ce qui déterminait jusque là. Cette autonomie va plus loin que celle de Kant qui restait le résultat d’une procédure rationnelle. Celle de Kant pose ainsi des lois universelles définitives tandis que notre autonomie intuitive pose des lois universelles en devenir évolutif. Cette autonomie qui lie l’individu et la nature dans sa profondeur est la source de toutes les déterminations mais face à la singularité de situations inédites, nous voyons qu’elle n’est pas enfermée par les lois qu’elle a produites, elle fait émerger d’autres lois qui permettent de sortir des impasses suscitées par les vieilles lois. La sagesse s’inscrit donc au sein d’une évolution créatrice du tout qui ne cesse de remettre en chantier les morales relatives dans la rencontre avec les autres. Face à autrui, ce qui est en jeu est l’acte moral créateur qui puisse offrir à chacun de nous d’être davantage nous-même au service de nos rencontres. Du point de vue pratique, il convient alors de se demander si mon jugement me ferme ou non à la rencontre avec l’autre personne qu’elle ait commis un crime, qu’elle ait adopté un style de vie contraire à la morale qui est la mienne, etc.


V. CONCLUSION. 


Nous voudrions conclure en rappelant que le jugement d’autrui ne peut être considéré en dehors du jugement de soi-même et du monde. Nous ne pouvons jamais condamner l’autre moralement sans nous même nous condamner à refuser ce qui est et donc à être un facteur d’inertie pour l’évolution de ce qui est. Autrement dit condamner l’autre moralement c’est se condamner soi-même à l’illusion et à plus ou moins long terme à souffrir d’une évolution qui nous échappe de plus en plus. Bien sûr, il faut bien préserver la société des criminels. Mais nous courrons des risques à condamner des êtres humains sans soigner leurs blessures personnelles, sociales et culturelles : la criminalité continuera à croître. Les discours sécuritaires, les diatribes contre l’incivilité masquent une inertie morale qui sert une agressivité immorale sous-jacente et au fond un mépris de la dignité des autres humains : il est urgent de considérer l’évolution morale à laquelle nous appellent ces personnes sans repères (ou dans la confusion) pour la plupart blessées par manque d’amour.



Citations :


Jésus-Christ : « Comment peux-tu dire à ton frère : ‘frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil', toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? »


Victor Hugo : « Celui qui ouvre une porte d'école, ferme une prison. »

 


VERITE. Une version abrégée pour retenir l'essentiel.

 Une vidéo sur la notion de vérité au programme par la chaîne antisèche avec Cyrus North :

La Vérité - Philosophie - Terminale - YouTube

Elle propose une autre approche que ce qui suit.

 

DEBAT N°1 : PEUT-ON DOUTER DE TOUT ?

 

INTRODUCTION

 

 

Si je démontre que je peux douter de tout, je n’aurai pas douté du raisonnement qui m’amène au doute. Y a-t-il une contradiction indépassable de toute tentative d’établir la possibilité d’une démarche sceptique ? Par ailleurs, peut-on se permettre de douter de certaines de nos obligations morales en ne les accomplissant pas ?

 

A – SUSPENDRE NOS JUGEMENTS PAR LE DOUTE AVEC LES SCEPTIQUES.

 

Une vidéo sur le scepticisme : micro-philo : le scepticisme - YouTube

 

On doit douter pour être vraiment heureux, d’après les sceptiques.

1 - les objections faites aux sceptiques.

Il y a trois objections classiques faites aux sceptiques. Premièrement, douter de tout confine à la folie puisqu’il n’y a plus moyen de se fonder sur rien dans les relations sociales pour échanger. Deuxièmement, douter de tout menace notre sécurité (insécurité) puisque doutant du danger on ira vers lui sans précaution. Troisièmement, douter de tout conduit à douter de la morale et donc justifie la pire immoralité.

2 - Réponses aux objections faites au scepticisme.

a - A propos de la folie.

Un fou doute rarement de sa folie. Si on suit Freud et la psychanalyse, la plupart des gens sont des névrosés mais, faute de se mettre en doute, il n’examine pas leur folie. Le sceptique authentique ne se contente pas de douter de tout. Il faut aussi qu’il sache douter de ses doutes. Au final il ne sait pas si ce qu’il voit, ce qui apparaît dans sa conscience est une illusion ou une réalité.

b - A propos de l’irresponsabilité face au danger.

La peur sert, il est vrai, à réagir face au danger. Douter du danger et donc de sa peur pourrait être dommageable. Mais le sceptique ne nie pas qu’il y ait des apparences de danger et des apparences de peur dans sa conscience. Son doute n’est pas un doute qui consisterait à tenir simplement ces impressions pour des illusions : il ne sait pas si elles sont illusoires ou réelles mais de fait en se positionnant ainsi il est sûr de ne jamais paniquer, il apprend de façon certaine à maîtriser sa peur qui se transforme alors en dynamisme pour l’action. Un sceptique authentique serait un guerrier redoutable puisqu’il ne craint pas la mort.

c - A propos de l’amoralité sceptique.

Quand le sceptique doute de la morale, il n’est guère authentique car au fond il est très aisé de douter de la morale. En vérité il est bien plus difficile de douter de ses doutes à propos de la morale car un sceptique authentique doit parvenir à douter de son ego jusqu’à le percevoir comme une apparence comme les autres. Bien plus il doit réaliser qu’il n’y a pas un théâtre de la conscience dirigé par un ego mais que le théâtre de la conscience est indissociable des apparences qui le composent et qu’il y a une illusion à le croire centré sur un ego. L’égocentrisme naturel de la conscience est l’obstacle le plus difficile sur le chemin du doute sceptique authentique.

3 - L’intérêt d’être sceptique.



 Libre de nos traumatismes du passé, libre de la crainte de la mort et de la douleur et enfin libre de notre désir égocentrique, ne serons-nous pas heureux ? L’ataraxie décrite comme un état de tranquillité et de sérénité quelles que soient les circonstances n’apparaîtra-t-il pas spontanément lors d’une démarche sceptique authentique qui ne se contentera pas d’être intellectuelle, mais qui sera aussi émotionnelle et physique ?

 

B – RENONCER A AVOIR TOUTE LA VERITE N’EST PAS RENONCER A ETRE EN VERITE.

1 – TRANSITION CRITIQUE - Les paradoxes du scepticisme.

a- Le paradoxe de l’enseignement du scepticisme.

Toutefois, dans l’optique d’une doctrine sceptique, comment justifier un enseignement ? Si on doute de tout et si on doute même de nos doutes, comment enseigner ? Si le sceptique s’identifie à une école de sagesse, il semble ne pas douter de tout. S’il doute de ses doutes à propos d’une telle école, elle ne pourra être considérée, ainsi que son enseignement, que comme des apparences. Comment exercer une pratique du doute fidèle à un enseignement considérée comme une apparence ?

Il y a là de nombreux paradoxes en perspective. Wittgenstein a bien montré dans De la certitude que le doute systématique interdisait de construire un enseignement. Il faut bien ne pas tout questionner systématiquement pour avancer au niveau des contenus d’un enseignement.

 

b - Le paradoxe d’une authenticité du scepticisme.

On peut répondre à ce premier paradoxe que le scepticisme est précisément un enseignement qui libère de l’idée d’enseignement, de maître à penser et d’école qui sont caractéristiques du dogmatisme, du sectarisme dans la façon de penser. L’enseignement sceptique serait comme un virus qui déconstruirait tout enseignement, y compris lui-même, dans ses tendances dogmatiques.

Mais alors il faudrait tout de même admettre qu’il y a des critères d’authenticité du scepticisme. Un scepticisme qui n’irait pas jusqu’à la déconstruction de sa doctrine ne serait pas authentique. L’authenticité demeure une forme de vérité.

2 - la vérité d’un Soi.

Une vidéo sur l’expérience de pensée du cerveau dans une cuve de Hilary Putnam (US, 20ème s.) et la réponse de Descartes :

#filosofix: «LE CERVEAU DANS UNE CUVE» (Français) - YouTube



Descartes montre qu’il faut bien un auteur du doute, que le doute sceptique, s’il élimine tout facteur d’égocentrisme intellectuel, passionnel ou physique ne peut pas nier qu’il y a quelqu’un capable d’exercer une liberté d’indifférence. Le quelqu’un en question n’a rien d’un quoi, d’une chose contenue dans la conscience dont on pourrait aisément douter. Ce quelqu’un n’a donc rien de commun avec notre personnalité, son caractère, son identité sexuelle, pulsionnelle, émotionnelle, mentale : c’est une dimension de notre conscience qui permet paradoxalement de nous identifier à notre personnalité et de nous en détacher.




Douglas Edison Harding et d’autres proposent de distinguer l’unique première personne qui surgit pure conscience et notre troisième personne, notre personnalité physique, pulsionnelle, émotionnelle et mentale. En cette première personne je suis aussi capable de m’identifier à une autre identité que celle de ma troisième personne. 



Cette première personne est la capacité d’être conscient de façon aussi égale de sa personnalité que d’une autre qui y apparaît. L’analyse de Douglas Edison Harding se relie aux traditions mystiques chrétiennes ou hindoues où la dimension divine de la conscience est seule authentique car source de liberté et créatrice d’identités diverses parmi lesquelles notre personne.

 

 

 

C – VIVRE EN VERITE AVEC UNE LIBERTE CREATRICE.


Le scepticisme s’il se contente d’atteindre l’ataraxie ne remarquera pas la liberté créatrice que sa démarche peut permettre de révéler au cœur de la conscience. Certes nous avons vu que Descartes insistait sur la liberté d’indifférence produit par la démarche sceptique pour la dépasser, mais sa vision de la conscience restait malgré tout celle d’un individu, d’une âme individuelle. Douglas Edison Harding permet d’envisager comme les platoniciens que notre âme soit intimement unie à toutes les âmes dans la conscience par essence divine. Reprenant Maître Eckhart, on peut dire que, selon Harding, l’œil par lequel je vois est l’œil par lequel Dieu me voit. 




Par la notion de divin ici sécularisée, nous pouvons, en nous détachant de toute religion constituée, évoquer la source des phénomènes de la conscience, la source de ce qui est. En tant qu’individu nous avons non seulement une liberté d’indifférence qui nous détache des phénomènes mais nous avons en nous une liberté d’intervenir parmi eux pour participer à leur évolution créatrice.

Le scepticisme comme de nombreuses conceptions de la vérité s’avèrent au final une forme de conformisme. Le scepticisme permet d’échapper au dogmatisme, mais il n’offre guère de moyen d’échapper au conformisme vu qu’il ne s’intéresse pas à faire évoluer le monde des phénomènes.



Le doute peut servir à regarder les phénomènes comme des apparences au lieu de s’y soumettre. Mais au-delà, le doute est nécessaire aussi pour se libérer de l’idée d’un impossible. Le doute devrait libérer du conformisme. Les génies créateurs sont ceux qui reculent les frontières de l’impossible.

Que signifie l’amplitude du doute sceptique sinon que notre conscience mentale n’est pas une connaissance intégrale de la vérité dans la mesure où elle n’a affaire qu’à des apparences. Contrairement à ce que pensait Descartes, la raison ne nous permet pas de tout connaître des apparences, jusqu’au point où derrière elles, la réalité apparaîtrait. Notre approche de la vérité est donc enfermée dans les limites d’une conscience humaine mentale. Serait-il possible que notre conscience dépasse cette limite-ci aussi en découvrant davantage en soi cette dimension de liberté créatrice ? Bergson parle d’intuition créatrice.




 

DEBAT N°2 : RENONCER A LA VERITE N’EVITERAIT-IL PAS DE L’IMPOSER AUX AUTRES ?

 

 

 

INTRODUCTION

 

Le perspectivisme affirme que chacun a un point de vue unique sur le réel. Cette singularité de point de vue n’est pas à déplorer car au fond si on l’accepte c’est un gage de tolérance. Affirmer une vérité, c’est affirmer la vérité de sa seule perspective et vouloir l’imposer aux autres. Il y aurait alors un dogmatisme inhérent au fait d’affirmer une croyance en la vérité universelle de sa perspective. Elle va à l’envers d’une vertu de tolérance.

Cependant si ma perspective est la tyrannie arbitraire sur les autres, si ma perspective est de leur imposer de servir mes désirs sans leur demander d’adhérer à ma vérité, le relativisme des perspectives ne se heurte-t-il pas dès lors à une limite morale ?

 

 

 

A - LA TOLERANCE RELATIVISTE ET SES LIMITES.

 

L’intolérance a toujours pour origine le fait que quelqu’un croit avoir la vérité et qu’il est prêt à l’imposer par la force aux autres. Si personne ne pensait avoir la vérité de façon absolue, il n’y aurait plus d’intolérance. La tolérance n’est-elle pas immédiate dès lors qu’on renonce à l’idée de vérité absolue ?


Du point de vue relativiste pluraliste et démocrate, toute croyance peut être tolérée hormis celles qui menacent les autres personnes.


 

Le relativisme affirme qu’il n’y a que des perspectives individuelles sur la vie. Le scepticisme affirme que la conscience mentale ne permet pas de trouver la vérité même si elle existe, mais malgré cela, il entend affirmer l’authenticité de son point de vue. Le relativiste affirme, lui, qu’il y a une authenticité individuelle, c’est-à-dire une forme de vérité vivante inhérente à toute perspective individuelle sur la vie.



Dans les dialogues interculturels, les difficultés viennent souvent du fait de perspectives bien plus hétérogènes que peuvent l’être des perspectives individuelles au sein d’une même culture. Au sein d’une culture, quand quelqu’un a une perspective hétérogène, on peut le soupçonner de folie.



 

Mais face à une autre culture, cette attitude est impensable. Cependant dialoguer ne nécessite-il pas de comprendre la perspective de l’autre ? Au fond, devant une perspective hétérogène parce que géniale, au bout d’un certain temps, une compréhension émerge. Si la tolérance relativiste consiste en ce que des perspectives individuelles ou culturelles se côtoient sans essayer de se comprendre, ne risque-t-on pas de peu à peu glisser vers le conflit pour obtenir une reconnaissance de l’autre ? La tolérance est une vertu insuffisante pour fonder la paix sociale et, plus encore, la solidarité. Le relativisme permet de développer une perspective individuelle, mais cette perspective ne risque-t-elle pas d’être égocentrique si elle n’est pas animée du désir de compréhension ?

 

 

 

 

 

B - IL NE FAUT PAS RENONCER A UNE CERTAINE VERITE DES SCIENCES POUR DEPASSER NOS ERREURS ET DECOUVRIR DE NOUVEAUX PHENOMENES.

 



La science cherche à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Pour elle comprendre ce monde consiste à l’expliquer dans ses processus.

Les sciences mathématiques essaient de nous défaire des erreurs de raisonnement tout en explorant des mondes fictifs cohérents du point de vue d’une logique et de certains axiomes.

La science physique ou la biologie émettent des théories prédictives dont des expériences testeront les prédictions. Une théorie scientifique n’est jamais une vérité absolue, la science est en perpétuel progrès cependant car elle esquisse des théories de plus en plus prédictives et qui résistent de mieux en mieux aux tests expérimentaux. En outre elle découvre de plus en plus d’objets et de phénomènes jusque-là inconnus.

L’explication scientifique nous offre une explication de plus en plus détaillée de l’évolution de l’espace-temps énergie jusqu’à l’apparition de notre espèce humaine.

Certaines lignes de faits s’imposent de plus en plus à nous à travers la démarche scientifique. On ne peut pas renoncer à cette vérité dès lors que nous nous sommes souvent servi des théories et découvertes scientifiques pour inventer de nouvelles technologies et que les limites de ces technologies nous sont souvent révélées par la science elle-même. La toxicité de certains produits inventés par des scientifiques nous est ainsi découverte par d’autres scientifiques. A l’heure où la question d’une crise écologique majeure se pose à nous, la science et ses esquisses de vérités nous sont plus que jamais nécessaires.

 

C - AU-DELA DES VALEURS ET DES FAITS OBJECTIF, L’EXPLORATION SPIRITUELLE DE FAITS SUBJECTIFS.

 

La tolérance implique de laisser libre cours à des valeurs subjectives permettant aux personnes de vraiment s’individualiser. Cependant cette individualisation personnelle et culturelle risque d’être égocentrique si elle ne s’appuie pas sur la valeur objective de la compréhension. La science fait écho à cette valeur objective en cernant des faits objectifs. Expliquer permet souvent de mieux comprendre et réciproquement.

Mais ces approches, si elles sont complémentaires, risquent d’oublier en quelque sorte une quatrième dimension de la question de la vérité. Il y a des traits subjectifs qui ne sont ni simplement personnels ni simplement interpersonnels. Il y a comme des faits subjectifs transpersonnels.




Une expérience de beauté n’est pas une question de préférence personnelle ou culturelle même si l’œuvre d’art exprime un style personnel. En effet la beauté semble effacer la confrontation entre un sujet qui observe et un objet observé : il y a le rayonnement de l’œuvre d’art devenu conscient. La beauté ravit la conscience de l’observateur, il n’y a plus un sujet face à un objet d’art. L’art devient comme le sujet d’un rayonnement ravissant la conscience à l’observateur qui semblait la maîtriser jusque-là. A vrai dire, si l’expérience de beauté a cette profondeur, on peut ouvrir la question de la vérité d’un fait subjectif à explorer. Il y a là une façon d’être vérité qui s’impose à certains et dont la spiritualité religieuse et philosophique a tenté de témoigner en évoquant le fait intérieur de la conscience infinie.

 

Il faut cependant admettre des interprétations et des perspectives diverses sur une expérience dont le fond est le même.



 



Piste pour aller plus loin :

Cliquez sur l'image pour la voir en détail. Le schéma à droite est une synthèse des perspectives sur l'infini de la conscience en débat sur le schéma de gauche.

vendredi 24 octobre 2014

L'ART. Version abrégée pour retenir l'essentiel.



I. Introduction.


Le mot « art » autrefois désignait indifféremment des choses artisanales et des choses artistiques. Ce qui distingue un objet artistique par rapport à un objet artisanal est qu’il n’a pas de fonction utilitaire. Mais le sentiment de son existence gratuite nous semble parfois vital.
Peut-on en dire davantage ? NON car en matière d’art ce serait :
« à chacun ses goûts et ses couleurs »
Nous allons interroger et remettre en question l’idée suivante qui revient souvent quand on parle d’art.
En fait cette formule traduit souvent l’idée qu’on ne pourrait pas préciser une définition de l’art ni discuter des goûts et des couleurs puisqu’ils sont personnels et varient en fonction des personnes. 
Mais si les goûts sont personnels pourquoi tant de gens ont de nombreux goûts communs et les partagent ? Pourquoi des modes artistiques ont-elles autant de succès ? Que vaut une telle affirmation de gens qui connaissent peu l’art que ce soit par l’effort de développer un sens artistique ou un esprit d’ouverture culturelle ?

Remarques scolaires à ce propos :

/ !\ Ne pas citer dans une copie de bac les exemples suivants : Joconde : Da Vinci & Guernica : Picasso car ils sont symptomatiques du fait qu’on ne connaît rien d’autre en art pictural et que notre goût est peu développé.

/ !\ Il est très pénalisant du point de vue scolaire d’en rester en conclusion d’une réflexion à cette formulation« à chacun ses goûts et ses couleurs ».

Nous allons voir maintenant comment du point de vue argumentatif attaquer la formule irréfléchie :
« à chacun ses goûts et ses couleurs »
Il y a, semble-t-il, des expériences de beauté qui ne mettent pas en jeu notre personnalité : on regardera avec étonnement quelqu’un affirmer qu’un coucher de soleil n’est pas à son goût. Dans la nature, il peut nous arriver au moins un instant de devenir la seule conscience de la beauté de la nature : la conscience égocentrique de nous-même s’efface, il n’y a pas de préférence à l’œuvre, il y a une joie désintéressée de la conscience d’être la conscience de la nature. Face à telle œuvre d’art, nous pouvons aussi avoir l’expérience d’un sentiment de beauté qui ne met pas en jeu nos préférences personnelles c’est-à-dire nos goûts personnels.
Cette formulation « à chacun ses goûts et ses couleurs » cache donc la difficulté de situer les qualités diverses des expériences de l’art que nous pouvons faire.
Pour comprendre cela, posons la distinction entre les différents concepts : fait et valeur, objectif et subjectif.





A* : « la beauté » est ici un fait qui ne dépend pas de nos goûts même si ce fait reste subjectif. 
C’est la beauté d’un coucher de soleil ou le sentiment universel de beauté d’une œuvre d’art
B* : Affirmer « À chacun ses goûts et ses couleurs » est pertinent quand nos préférences sont en jeu.
*CC* : Notre problème est de savoir mieux situer l’art entre fait subjectif et valeur subjective ?

Dans ce but, il y a alors les deux approches A* et B* à étudier de façon plus approfondie :

1re approche approfondie B* : 

« A chacun ses goûts et ses couleurs » suscite une pensée relativiste.
Etre relativiste : c’est penser que tout est Relatif à nos goûts personnels, c’est dire d’un point de vue relatif : « il y a mes préférences (x est meilleure que y) », c’est dire d’un point de vue absolu : « toutes les préférences des uns et des autres se valent ». 
Il y a selon nous deux sortes de relativisme :
  • Le relativisme vulgaire n’est pas créatif, il est souvent consommateur. En général, il a les goûts de la plupart des gens. Il n’a pas une véritable culture du goût. Elle a souvent une tolérance négative, elle cache le mépris du grand nombre vis-à-vis des minorités.
  • Le relativisme fort comprend la formule « à chacun ses goûts et ses couleurs », comme un appel à l’originalité et à la création. Le relativisme fort se moque du relativisme vulgaire : la personne qui vend du parfum et qui dit « soyez vous-mêmes, achetez ce parfum », manipule le client : si tout le monde a le même parfum, que signifie être soi-même ? De nos jours, le relativiste fort est un publicitaire, un créateur de mode. Mais est-il possible de ne pas opposer l’individualisation artistique qui met en jeu des préférences personnelles et l’universalisation de la création artistique ? Dans ce cas la valorisation subjective participerait à une évolution du fait subjectif… Le relativisme fort s’il considère la création artistique comme participant à l’évolution de la conscience humaine se remettrait en question comme relativisme : tout ne se vaudrait pas !
2e approche approfondie A* : 

« Le sentiment de beauté » est-il une expérience seulement impersonnelle ou peut-elle être une expérience personnelle de l’universel ? En d’autres termes s’agit-il d’une expérience d’abord naturelle ou d’une expérience d’abord culturelle voire surnaturelle ?
Le sentiment de beauté est un sentiment désintéressé (une belle femme ou un bel homme n’est pas forcément désiré quand ils sont jugés beaux car même si on changeait d’orientation sexuelle, on les trouverait toujours beaux), alors que l’émotion agréable est intéressée et personnelle (les frites sont bonnes ou le regard d’un homme est attiré par une fille à son goût). 
Cette distinction semble faire de la beauté une expérience réservée à un être rationnel et donc une expérience d’abord culturelle mais nos exemples même permettent de la mettre en question. Un bel homme ou une belle femme ne sont-ils pas en fait appréciés de façon réfléchie comme pouvant être attirants sexuellement ? Une femme n’apprécie-t-elle pas la beauté d’une femme comme ce qui à la réflexion est en mesure d’attirer le regard de l’autre sexe ? Dans ce cas la beauté n’est-elle pas l’expérience naturelle d’un désir réfléchi jusqu’à sa contemplation détachée ? L’artiste essaie pour rendre la beauté d’une femme d’accentuer dans sa représentation ce qui en elle attire et ainsi peu à peu il apprend même à déplacer notre sens de la beauté féminine : l’art serait alors une activité culturelle qui pourrait transformer jusqu’à notre nature même…

Ces approches montrent à quel point dans le domaine de l’art fait subjectif (nature de la conscience humaine) et valeur subjective (mentalité culturelle) se superposent et peuvent glisser de l’un à l’autre.
Dans une première partie, on se demandera si l’art peut se réduire à n’être qu’un fait subjectif. On examinera deux conceptions du fait subjectif l’une surnaturelle, l’autre naturelle. 
Dans une seconde partie, on se demandera si la beauté est d’abord naturelle ou culturelle. 
Et enfin, dans une troisième partie, on envisagera si l’art peut être une création indépendante de la beauté.

II. L’art comme fait subjectif


Transcendant : Qui échappe à toute définition, qui n’est pas immanent.
Immanent : Qui sont tous sur le même plan.


A. Le fait subjectif transcendant.



1. Le beau en soi / Le beau absolu.

Pour Platon, on peut découvrir l’origine commune des idées dont l’idée d’âme, l’idée de beauté, etc. Cette origine est au-delà des idées qui sont habituellement définissables et observables grâce à la pratique de l’ascension dialectique. Cette beauté absolue est au-delà des idées incommensurables c’est-à-dire les plus incomparables tellement elles semblent contradictoires. C’est un mouvement et ce n’est pas un mouvement. C’est en-dehors du temps, de l’espace, donc c’est éternel et impérissable et c’est l’origine unique de l’existence, de tout ce qui existe temporellement. Une âme a l’existence, notre corps a une existence temporaire, et cette beauté absolue EST l’existence. L’erreur philosophique de jeunesse dans sa recherche de beauté est de confondre la recherche de l’être avec celle de l’avoir.


2. Les conséquences pour l’Art

Premièrement, si l’artiste célèbre les beautés corporelles et matérielles, il nous égard.
Platon dans son livre La République considère le lit sous trois façons :
1. Le lit matériel (celui dans lequel on dort) fabriqué par l’artisan,
2. L’idée du lit (son plan qui surgit dans l’esprit humain) issue de la réflexion,
3. Le lit peint par l’artiste qui copie le lit matériel.




Selon Platon, le lit artistique est à l’évidence une tromperie. Il condamne l’art qui imite le monde matériel. L’idée de lit est plus importante que le lit matériel lui-même. En effet, si le lit casse, si nous n’avons pas l’idée, nous ne pouvons pas le remplacer. L’artisan est nécessaire à la vie sociale tandis que l’artiste menace la qualité spirituelle de nos vies. Toutefois, Platon fait une exception pour les artistes qui parviennent à évoquer le monde des idées. Les représentations symboliques mais irréalistes du point de vue matériel (comme les Dieux Égyptiens) sont pour lui un véritable art. La beauté absolue tend à faire mépriser la beauté du monde matériel. Certaines interprétations religieuses radicaliseront Platon et affirmeront que tout plaisir propre au plan matériel tend à être un péché (un manquement au désir de Dieu).

B. La beauté comme harmonie : le fait subjectif immanent.

L’approche de Platon rend les beautés matérielles et naturelles à jamais imparfaites. Les Stoïciens évoquent l’expérience d’une beauté à côté de laquelle est passé Platon. Pour les Stoïciens, certaines beautés sont d’autant plus belles qu’elles intègrent des imperfections.
Certains détails imparfaits renforcent parfois l’originalité de l’ensemble. Exemple : Dans un morceau de musique, une note qui ne s’inscrit pas dans la mélodie peut renforcer l’harmonie.
Platon ignore la puissance de l’harmonie (hormis peut-être sous la forme arborescente (Une hiérarchie) d’un rayonnement s’échappant reflets insignifiants du centre de tout où trône la transcendance la plus absolue). Seule l’harmonie est une beauté capable d’intégrer des parties laides. 

Exemples : 

1. Un tableau impressionniste vu de près montre des tâches de peinture. En s’éloignant, on comprend que ces tâches de peinture crée une harmonie. 


2. Une cascade vue de près ne montre que de l’eau, mais vue de loin elle s’avère belle.


Le secret de l’harmonie, c’est de regarder à bonne distance. Elle suppose d’être observée d’un certain point de vue. Cependant, à la distance humaine habituelle, l’univers peut sembler menaçant, injuste, laid. Pour les Stoïciens, l’univers est un être vivant dont nous sommes des parties, des organes. Dans le corps humain, c’est le renouvellement constant de nos cellules qui assurent la santé du corps. Les cellules qui ne reçoivent plus l’ordre de mourir forment un cancer : la mort sert l’harmonie du tout. Le Stoïcien est celui qui essaie intérieurement de découvrir l’harmonie de l’univers. Le Stoïcien s’efforce de voir tous les évènements, même les plus désagréables, comme des évènements harmonieux. Pour un Stoïcien, le criminel fait un acte de l’univers.
  • Dans l’histoire d’Épictète, le bourreau est aimé par lui comme un acte de l’univers.
  • Dans un combat, un Stoïcien voit un jeu de l’univers avec lui-même. Rien ne se perd de l’harmonie, elle se transforme. Mais est-ce que rien ne se crée ?
Une œuvre d’art imite toujours l’harmonie de la nature, elle la révèle. La puissance des vocations de l’œuvre d’art est liée à des règles d’harmonie. Ces règles, en Occident, ont consisté en des proportions du corps humain (une grosse tête sur un petit corps nous paraît laid par exemple). En Occident, on estime qu’il y a un beau rapport entre la taille de la tête et du corps (environ 1/5 pour la tête et 4/5 pour le corps). Pour les Stoïciens et plus tard les cartésiens comme Boileau, ces règles étaient immuables.
Quand on regarde les différentes cultures, il y a plusieurs règles d’harmonie possibles. 

Exemple : 

La musique est un domaine de l’harmonie où on assiste aujourd’hui à un métissage. Les harmonies occidentales se marient avec les harmonies orientales. Les métissages d’harmonie musicale sont l’œuvre d’artiste, elles ont toujours un style individuel. 

Les Stoïciens n’avaient pas pensé que l’harmonie naturelle pouvait comporter des dimensions culturelles et individuelles. Avec les Stoïciens, l’harmonie a pour modèle l’harmonie de la nature. Mais les Stoïciens ont négligé que la nature peut être réinterprétée et transformée culturellement et individuellement.

III. L’art comme création, indépendante de la beauté

Nous avons vu que l’art, jusqu’au XXe siècle, a eu pour but la beauté. Mais cette adoration de la beauté a imposé des règles aux artistes. Elle leur a interdit d’exprimer leur propre individualité. Certains artistes ont considéré que l’art se comportait à leur égard comme les religions qui imposent leur croyance. D’ailleurs, comme nous l’avons vu avec Platon et les Stoïciens, la beauté a longtemps été considérée d’un point de vue quasi-religieux puisqu’elle donnait un accès à l’absolu. Longtemps, les religions ont imposé une morale à l’art. 
Les artistes ont défendu l’idée que l’art peut ne pas être moral. D’ailleurs même les récits qui ont une fin morale présentent des personnages immoraux, sinon seraient-ils aussi intéressants ?
Le récit fondateur de la crucifixion de Jésus-Christ en Occident a convaincu les artistes qu’il pouvait y avoir de belles représentations d’une chose laide.
Par la suite les artistes se sont libérés de la morale et de la religion : ils pouvaient faire une belle représentation de n’importe quelle chose laide.
Mais ils n’avaient pas encore libéré l’art de la beauté.
Les dadaïstes ont alors produit des œuvres d’art qui n’avaient aucune beauté. Ce qui définit l’art, c’est alors le geste de l’artiste qui brise les conventions. Pour ce courant artistique, le plus important n’est pas la beauté mais la force créatrice de l’artiste. L’art devient un mode de vie, il s’agit de se libérer de toute forme d’autorité afin d’être créatif dans tous les domaines.
Cependant, ce mouvement où l’individu tourne le dos à l’harmonie et à la transcendance de la beauté rencontre des limites.
Dans les arts plastiques, cette attitude de refus de la beauté reste prédominante. 
Mais dans le domaine de la musique, cette attitude a rapidement été réinscrite dans une nouvelle forme de recherche de l’autre. La dimension individuelle dans sa force a été élargie par métissage d’identités retrouvant ainsi les dimensions cosmiques et transcendantes de la beauté.


IV. Conclusion


Il y a donc trois dimensions de la réalité en jeu au sein de la recherche artistique et peut-être au sein même de toute activité créatrice :
  • une dimension transcendante, comme le nécessaire arrière plan de silence sur lequel s’inscrit la révélation musicale dont la profondeur le révèle sans cesse sous des jours nouveaux. Ce n’est pas seulement un silence volontaire c’est un silence inhérent à la conscience,
  • une dimension immanente et cosmique d’harmonie, comme en musique où le sens mélodique s’enrichit d’une richesse cosmique et spatiale à l’aide d’harmonies qui le déplace dans l’espace temps,
  • une dimension individuelle comme l’interprétation musicale ne cesse de le révéler.


Citations :

Platon : « Il existe un beau en soi qui orne toutes les autres choses et les fait paraître belles quand cette forme s'y est ajoutée. »

Francis Bacon : « Toute beauté remarquable a quelque bizarrerie dans ses proportions. »